Il est toujours intéressant d’observer la fébrilité que peut provoquer… une simple photo d’un candidat lisant un livre. Lire l’histoire de sa ville serait donc devenu suspect. Voire risible. Voilà qui en dit long.
Car oui, lire des ouvrages anciens a du sens. En France plus qu’ailleurs, pays d’une littérature immense où Montaigne, Michelet, Hugo ou Zola nous ont appris une chose essentielle : on ne comprend le présent qu’à la lumière du passé.
Balayer d’un revers de main un livre parce qu’il “s’arrête en 1920”, c’est peut-être surtout révéler un rapport très superficiel à la lecture elle-même. À la qualité de certains écrits, on devine d’ailleurs que leur auteur n’a sans doute pas ouvert beaucoup d’ouvrages qu’il jugerait aujourd’hui “trop anciens”.
Laurent Bosquet, lui, ne s’en cache pas : il aime l’histoire. Il la lit, il la respecte. Il a d’ailleurs, il y a quelques années, pris le temps de découvrir le remarquable travail d’André Delattre, référence incontestée en matière d’histoire locale. Un historien rigoureux, exigeant, passionné, tout ce que certains commentaires approximatifs ne sont pas.
Et puisqu’on parle de lectures utiles, permettons-nous un conseil. Un autre ouvrage d’André Delattre, « le coup de pied de l’âne » qui se lit comme un roman tant il est prenant. On y trouve de tout : trahisons, fausses amitiés, arrivisme, malhonnêteté, et même un portrait psychologique d’une finesse redoutable.
Une véritable leçon de politique locale, où l’on comprend comment un maire a pu être trahi par son propre conseiller municipal… devenu maire à son tour. Un chef-d’œuvre du genre, à la fois historique et terriblement actuel.
Quant au livre de Léonce Baron, aujourd’hui moqué avec condescendance, rappelons simplement qu’il s’agit d’un auteur suffisamment respecté pour avoir donné son nom à notre bibliothèque d’archives historiques.
Une bibliothèque qui, comme tant de bâtiments communaux, est aujourd’hui vétuste, dégradée, sans entretien digne de ce nom. Voilà une conception bien étrange de “l’amour de l’histoire” : écrire des livres pour la photo, pendant que les archives, elles, tombent en lambeau.
Si aimer l’histoire, c’est soigner l’apparence et laisser le patrimoine se délabrer, alors oui… cela laisse songeur.






